20.1.17

VENEZ À MA SUITE...

Dimanche 22 janvier 2017 - Troisième Dimanche Temps Ordinaire – Année A

L’Évangile de ce dimanche nous relate les tous débuts de la vie publique de Jésus et de sa prédication.

Nous assistons à un dramatique passage de témoin, entre Jean le Baptiste, dernier grand prophète du Premier Testament et Jésus.
Nous sommes vraiment à la charnière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

Jean vient d’être arrêté et va mourir en martyr et Jésus, qui a reçu de ses mains le baptême dans l’eau du Jourdain, prend le relais.

Pour Jean, c’est le temps de l’effacement.
Pour Jésus, celui de l’éclosion.

Jean annonçait la grande promesse de la venue d’un messie, d’un sauveur.
Jésus vient accomplir cette promesse.

Comment se lance-t-il dans sa mission ?
Notre texte nous donne de précieuses indications :

Tout d’abord, ce départ, cette mise en route de Jésus, se situe à Capharnaüm, ville-carrefour de Galilée, située au bord du lac de Tibériade, ville où cohabitent des populations aux origines mêlées, ville qu’on appelait alors le « carrefour des Nations ».

Comme souvent dans la Bible, le lieu indiqué n’est pas simplement géographique mais symbolique.

Ainsi, la Bonne Nouvelle, s’offre, dès le début de la prédication de Jésus, à toutes et à tous, pas  d’abord aux plus proches, aux plus « pratiquants », aux meilleurs « observants », mais d’emblée également aux « lointains », aux mal croyants, aux différents, aux « pas comme il faut » !

Cette « grande lumière » annoncée à Noël est pour tous, pas uniquement réservée aux juifs pieux, aux « bons paroissiens » et aux pratiquants réguliers ! Dès l’origine, la parole de Jésus est placée sous le signe de l’ouverture, de la sortie, du déplacement. Jésus n’attend pas qu’on vienne à Lui ; c’est lui qui va vers l’autre, tout autre, quelque soit son histoire, ses origines, son « degré » de foi, sa « confession », sa « conformité » au dogme et à la bonne morale…

Jésus n’invite pas à se replier dans un sanctuaire, entre « purs », bien à l’abri derrière leur muraille face à un monde prétendument décadent ; il regarde le monde (avec ses ombres et ses lumières, ses grandeurs et ses faiblesses) comme le seul « sanctuaire » pouvant accueillir sa divine Présence.
Désormais, c’est le cœur de tout homme qui est le « tabernacle » de sa présence.

Sa question – qui est la nôtre aujourd’hui – n’est pas tant de savoir qui vient encore dans nos églises ; mais vers qui va l’Église ?

L’autre indication que nous livre notre texte d’Évangile est que, dès l’origine, le Christ ne se lance pas seul dans sa mission.

Il refuse le rôle du sauveur tout puissant et omnipotent. Dès le départ, il indique que sa mission ne pourra pas s’accomplir sans l’aide des hommes. Et il n’appelle pas des surhommes, mais des gens ordinaires, simples,  limités, tissés, comme vous et moi, de pesanteur et de grâce.

Jésus remet le trésor de l’évangélisation au creux de nos mains tremblantes et rugueuses ; il fait porter l’annonce de la Bonne Nouvelle sur nos épaules fragiles ; il fait alliance avec l’humanité concrète et souvent blessée pour annoncer au monde l’espérance… D’emblée, l’annonce de l’Évangile suppose une démarche collective, communautaire et fraternelle.

Comme si le message des Béatitudes (que nous entendrons dimanche prochain) ne pouvait résonner et donner sa fécondité que dans la mesure où il est annoncé à plusieurs…

En contemplant cette scène où Jésus appelle par son prénom chacun de ses disciples, laissons résonner en notre cœur plusieurs questions :

-       Que faire contre cette surdité qui si souvent s’empare de nous et nous empêche d’entendre le Christ nous appeler chacune et chacun par notre prénom ? Comment désensabler l’oreille de notre cœur ?

-       Comment répondre concrètement, dans la vie qui est la nôtre, à cet appel de Jésus, à nous mettre en route, à quitter nos habitudes, nos certitudes, le confort de nos communautés pour aller, avec lui, à la rencontre des « Nations », ces « lointains » si proches, qui campent à nos portes, et  que nous ne voyons pas, ou que nous ne voulons pas voir ?

L’Évangile précise que les disciples « laissent leurs filets » pour le suivre. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ?
Nous n’avons pas nécessairement à quitter notre propre vie pour « laisser tout ».
Nous sommes sans doute même d’abord appelé à entendre cet appel à « tout laisser » au cœur de l’existence qui est la nôtre, au cœur de nos engagements familiaux, professionnels et autres.

Oser laisser sur la berge de notre propre vie ces « filets », ces peurs, ces fausses sécurités qui nous entravent et nous empêchent si souvent d’aimer large.

L’appel, la « vocation » (qui n’est pas réservée aux moines et aux consacrés !) devrait attiser en nous le désir de nous « déplacer » même si, apparemment, nous restons immobile dans la vie qui est la nôtre. Changer de vision du monde, opter pour une autre échelle de valeur devant ce que nous appelons notre « réussite ». Un déplacement intérieure, une mise en route, un décentrement qui mettra toujours davantage le Christ au centre de nos jours.

Un déplacement social aussi, et solidaire. Devenir « pêcheur d’hommes », à la suite du Christ, c’est sortir de soi pour porter secours à toutes celles et tous ceux qui se noient dans les flots tempétueux de l’indifférence et des égoïsmes.

Car, à quoi bon aller nous agenouiller devant le tabernacle, si, du même mouvement, nous refusons de nous agenouiller devant le frère qui souffre à nos portes ?

« Dieu n’a que nos mains et que notre cœur pour aimer ce monde et le transformer » disait Sœur Emmanuelle !





23.12.16

MÉDITATION POUR LE SOIR DE NOËL

24 décembre 2016 Année A

C’est une jolie crèche peuplée de jolis santons de Provence, délicatement peints à la main.
Une jolie crèche qu’on se transmet de génération en génération…

Rien ne manque. Il y a le bœuf et l’âne, les moutons, la paille, la mangeoire drapée de foin, et là-haut dans son ciel, l’étoile tremblotante qui, comme un phare, veille.

Ils sont tous là les santons : les petits, les grands, les neufs, les craquelés, les rafistolés; tous modelés dans cette chaude terre rouge provençale. Ils s’approchent, dans la nuit noire de décembre, aimantés par les premiers sourires de ce mystérieux nouveau-né.

Il y a Joseph qui s’agite et s’inquiète pour sa femme et le petit qui, tous deux, risquent de prendre froid.

Il grogne dans sa barbe Joseph contre ce fichu aubergiste qui n’a pas voulu les laisser entrer, et leur trouver une petite place au chaud.
Il s’est méfié l’aubergiste : qui était donc ces réfugiés ? D’où venaient-ils ? Avaient-ils seulement des papiers en règle ? Partageaient-ils la même religion ?  Et si la police débarquait, ne serait-il pas  lui-même jugé complice de leur avoir accordé le droit d’asile ? Alors, confondant prudence et trouille, il a fermé sa porte, l’aubergiste. A l’heure qu’il est, il regarde « Plus belle la vie », à la télé, ou il dort déjà, sous la couette duveteuse de son indifférence, bien au chaud. Peinard l’aubergiste !

Il y a les bergers un peu en retrait, hirsutes dans leurs grandes capes noires qui ne sentent pas vraiment la rose. On ne les aime pas beaucoup, les bergers. Ils ont mauvaise réputation, un peu voleurs, un peu picoleurs, un peu louches. Des marginaux sans domicile fixe. Les braves gens - qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux -  s’en méfient. Mais Joseph leur sourit. Alors ils osent timidement s’approcher.
Qui aurait dit que les premiers  visiteurs en cette sainte nuit de la Nativité ce seraient eux, les déclassés, les refoulés, les bafoués ? 

Près de la porte de la grange, il y a cet homme courbé, la cinquantaine, qui roule sa casquette dans ses mains et qui rase un peu les murs, gêné : depuis 3 ans qu’il pointe à « Pole Emploi », il a les poches vides : même pas de quoi acheter un cadeau au petit. C’est au tour de Marie de lui sourire, alors il s’enhardit et vient s’agenouiller, près d’elle et de l’enfant.
Comme eux, sur la paille !

Il y a cette jeune femme qui sort de l’hôpital, la tête enturbannée dans un foulard. Elle regarde, émue et attendrie, Marie donner le sein au petit.

Il y a le grand-père blagueur et, perché sur ses épaules, son petit-fils qui se mare en lui chatouillant les oreilles.

Il y a le jeune couple d’amoureux, qui se tient par le cœur et qui rêvent déjà à ce mariage radieux, annoncé pour juillet.

Il y a la « famille catholique ». Ah, la famille catholique, ses 5 enfants élevés dans les meilleures écoles, tous biens sages à la messe le dimanche. Elle fait un peu envie, la famille catholique prétendument idéale ! Elle la ramène même parfois un peu, la famille « bien comme il faut ». Mais souvent, elle donne le change, et cache derrière ses volets clos, petits tracas ou grandes blessures… Comme tout le monde !

Il y a, un peu dans l’ombre, cette autre femme qui tient la main à sa propre solitude : un méchant divorce dont elle peine à se relever. Mais, ce soir, dans le chaos de sa vie bouleversée, elle a l’intuition que la douce lumière qui émane de la crèche brille pour elle.
Oui, elle en est sûre, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » !

Ils sont tous là, les assoiffés de lumière : le SDF frigorifié, le cadre tout juste sorti du bureau qui desserre sa cravate, l’étudiant encore groggy par la surchauffe des partiels, la prostituée, le sans-papier, le jeune handicapé dans son fauteuil, le reporter de retour de l’enfer d’Alep, le taulard en permission d’espérance…

Au premier rang,  il y a les enfants rieurs et complices, qui ouvrent leurs grands yeux et n’en loupent pas une miette. Ils sont ébahis les enfants…
C’est si simple Noël lorsqu’on l’accueille avec un cœur d’enfant !

Planqués derrière une botte de foin, il y a aussi quelques jeunes un peu distraits. La célébration de Noël, ce n’est pas trop leur truc. Il y a bien longtemps qu’ils ne vont plus à la messe. Mais, ce soir, ils sont venus pour faire plaisir aux parents : c’est Noël tout de même !
Même s’ils ne le montrent pas trop, certains parmi eux sont secrètement touchés par la lumineuse fragilité de ce petit dont, depuis des siècles et des siècles, les croyants du monde entier disent qu’il serait le propre fils de Dieu. Tant de gens à y croire, et depuis si longtemps… à cette incroyable nouvelle !

Un Dieu qui se fait homme, un Tout Puissant qui, loin des images hautaines et sévères dont on l’affuble, vient naître, nu et fragile, dans les bras tendres d’une femme.

Un Très-Haut qui choisit de se faire Très-Bas, tout proche, tout aimant !
Un Dieu qui vient semer sa tendresse en pleine glèbe humaine.

Alors, parmi les santons, surgit une lancinante question : Et si c’était vrai ?

Et si Noël était bien plus qu’une jolie histoire emmaillotée dans un gentil folklore empli de guirlandes multicolores ?

Et si Dieu avait pris, depuis le premier Noël de l’histoire, vraiment la décision de venir naître parmi nous pour nous aider, chacune et chacun, à naître à notre propre vie, marchant à nos côtés vers notre propre joie ?

Et si l’ange de la Bible, l’envoyé du ciel avait dit vrai : « Ne craignez pas car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tous. »

Oui, et si tout cela était vrai ?
Et si Dieu, l’immense auteur du livre de la vie, le créateur du ciel et de la terre, de la mer, des montagnes, des arbres et des fleurs, du soleil et de la lune, de l’homme et de la femme était  réellement venu naître parmi nous, pour nous mettre au monde de sa joie ?

Regardons-le, blotti entre Marie et Joseph, ce minuscule santon d’argile qui nous tend les bras, au beau milieu de la crèche brinquebalante de notre propre vie.

Oui, contemplons cet enfant venu donner souffle à notre rugueuse glaise humaine et se faire icône, présence aimante, Fils d’un Dieu éperdu d’amour et de tendresse.

Même s’il ne parle pas encore, déjà Jésus murmure à l’oreille de notre cœur : « N’aie pas peur, je suis à tes côtés, tu peux t’appuyer sur moi, je t’offre bien plus que l’or, l’encens et la myrrhe. Je t’offre l’espérance… »

Même s’il est encore petit, ce Fils de Dieu déjà est fort qui vient remettre le monde et nos cœurs à l’endroit.


Un Dieu qui disperse les superbes.
Un Dieu qui renverse les puissants de leur trône.
Un Dieu qui élève les humbles.
Un Dieu qui comble de bien les affamés.
Un Dieu qui renvoie les riches les mains vides.

Un Dieu de bonté qui a besoin de nous, de nos mains et de notre propre bonté pour consoler, nourrir, loger, aider, pardonner, relever. Tout simplement aimer ! Car Dieu, c’est l’autre nom de l’amour…

Regardons-la bien, cette douce lumière de la crèche : c’est une flamme fragile, et pourtant déjà la promesse d’un feu ardent qui couve et ne demande qu’à grandir, en vous, en moi, en nous, pour réchauffer toutes les nuits glaciales de nos frères et de nos sœurs en humanité.

Vivre Noël, c’est croire que Dieu nous appelle à la joie imprenable. Celle du don, de la réconciliation, de la paix et de la miséricorde.  

Alors laissons la joie du Christ qui nait venir réchauffer nos cœurs d’argile.
Laissons le Dieu santonnier venir nous modeler l’âme.

Voici Noël qui trace son improbable voie au cœur de nos ténèbres,
Noël en nous, Noël autour de nous, Noël malgré tout.

Noël qui nait si nous le laissons naître…

(c) Bertrand Révillion

26.11.16

EN MARCHE VERS NOËL

Méditations pour le 1er dimanche de l'Avent (année A)


Avouons-le franchement : chaque année, l’Avent nous prend un peu par surprise. Les rigueurs de l’hiver frappent à la porte, la fin de l’année et son lot de préoccupations nous assaillent... Pour celles et ceux qui travaillent, c’est une période souvent rude : bilan, clôture des comptes, négociations salariales, affluence dans les magasins…
Le mois de décembre sent la surchauffe !

Et pour d’autres, les semaines qui s’annoncent suscitent comme un pincement au cœur : la perspective des fêtes réveille les douleurs de la solitude, de la maladie, de la séparation, du manque de travail…
Tant de soucis !

Difficile de trouver, dans nos agendas et dans notre cœur, du temps pour penser vraiment à la grande nouvelle de Noël. L’enfant de la Promesse débarque un peu comme un intrus dans nos vies.

On peut s’en inquiéter mais on peut aussi s’en réjouir : Dieu n’attend pas que notre « auberge intérieure » soit rangée, repeinte à neuf et tout à fait propre pour venir y naître ! C’est dans la mauvaise paille de nos vies dispersées et préoccupées qu’il vient offrir son premier sourire, c’est en pleine pâte et pesanteur humaine qu’il vient habiter.

Commençons, par nous pencher sur ce magnifique Psaume 121 que nous venons d’entendre. Il fait partie d’une série de psaumes qu’on nomme les « psaumes des montées ».

Après des jours de marche, les pèlerins montaient sur le mont des oliviers et pouvaient enfin contempler Jérusalem, ville choisie par David pour y établir la capitale du peuple hébreux et y déposer « l’arche d’Alliance », ville au sommet de laquelle Salomon bâtira son Temple.

Si l’Eglise, nous propose ce beau psaume des montées en ce 1er dimanche de l’Avent, c’est que nous avons, nous aussi, à nous faire pèlerins, à nous mettre en marche, à monter, pas à pas, jour après jour, vers ce « sommet » de la vie chrétienne : l’incarnation de Dieu, la naissance de Jésus, fils de l’Eternel, au cœur des fragilités humaines.

Car Noël, c’est avant tout le dépouillement inoui de Dieu qui descend de son « ciel » et de sa toute-puissance pour venir habiter notre humanité.

Nous ne marcherons donc pas vers les splendeurs du Temple de Jérusalem mais vers une obscure bourgade, Bethléem, en Judée où va naître un « roi » sans couronne, sans armée, sans pouvoir temporel.

Et notre psaume nous annonce que notre pèlerinage, notre montée vers Jérusalem, nous donnera une chose essentielle : la Paix.
« Paix à ceux qui t’aiment » dit le psaume.

Voici donc une première indication pour, pendant ce temps de l’Avent, nous préparer à Noël. Nous avons à chercher la paix, à bâtir la paix.

Ce que nous confirme ce très beau passage d’Isaïe (dans notre première lecture) :

« De leurs épées ils forgeront des socs de charrues, et de leurs lances, des faucilles ».

Il s’agit, bien entendu, de faire la paix autour de nous : l’enfant de la Promesse ne peut pas naître au milieu de nos divisions. Prendre au sérieux ce temps de l’Avent, c’est donc se faire autour de nous « artisans de paix ».

Si nous voulons vraiment que le Christ vienne naître dans nos vies, nous avons à nous faire artisans de l’amour, du pardon, de l’écoute, du dialogue dans tous les lieux où nous sommes engagés : notre famille, notre couple, notre communauté, notre milieu professionnel ou associatif, notre nation où, malgré les âpres débats politiques, nous devons privilégier l’écoute à l’invective, notre Eglise aussi où, suivant nos « sensibilités ecclésiales » nous sommes parfois si prompts à nous faire des procès…

Mais la paix dont parle l’Ecriture, c’est aussi la Paix du cœur, la paix intérieure. En effet, pour naître en nous, au plus profond de notre cœur, le Christ a absolument besoin que nous lui construisions, pendant chaque jour de l’Avent, une sorte de « berceau » de paix dans lequel il pourra être accueilli.

Voici que ce premier dimanche de l’Avent nous invite à travailler à l’unité : l’unité autour de nous mais aussi l’unité en nous !

Et cela suppose que nous nous posions trois questions toutes simples :

Qu’est-ce qui, dans ma vie, est vraiment essentiel ?

Que puis-je faire pour que cet « essentiel » soit réellement au cœur de mon existence ?

Et puis-je m’approcher de cet essentiel sans, du même mouvement, me décentrer et m’approcher de ces périphéries où l’homme crève d’exclusion, de déplacement, de solitude, de misère ?

Isaïe, comme le psalmiste, nous invite, à « monter sur la montagne » :

Oui, il nous faut, pendant l’Avent, prendre de la hauteur. Dégager dans l’agenda, le temps nécessaire pour travailler à cette paix à construire autour de nous et en nous !

Prendre de la hauteur pour voir et entendre enfin le pauvre qui crie à nos portes.

Et si la seule manière de monter vers Dieu était de descendre au plus près des laissés pour compte de nos sociétés aveuglées par les tentations du repli et de l’égoïsme ?  

Saint Paul, dans son épître, nous le dit sans détour :  
« L’heure est venue de sortir de votre sommeil ».

Nous sommes si souvent des chrétiens endormis, des chrétiens si peu chrétiens, des chrétiens anesthésiés !

Lorsque les premiers chrétiens ont cherché à quelle date ils pouvaient faire mémoire de la naissance du Christ, ils ont choisi symboliquement le solstice d’hiver, c’est à dire ce jour de l’année où le jour commence à l’emporter sur la nuit.
Vous savez ce jour où, à la télévision, la présentatrice de la Météo commence à annoncer des minutes de jour en plus !

Eh bien, vivre l’Avent, c’est travailler à notre « solstice intérieur », c’est travailler à faire reculer la nuit, l’obscurité en nous et autour de nous, c’est mener ce combat spirituel pour que, peu à peu, ce soit la lumière qui l’emporte.

« Que nous serons heureuses quand Dieu seul règnera dans notre cœur, notre esprit et notre volonté » disait à ses soeurs sainte Emilie de Villeneuve.

C’est de ce combat spirituel dont nous parle d’ailleurs l’Evangile de ce jour : ne vous y trompez pas, lorsque le texte nous dit que sur les deux hommes au champ « l’un sera pris et l’autre laissé », il ne s’agit pas de faire le partage entre les bons et les méchants. Nous ne sommes pas dans un western !

Non, il s’agit, à l’intérieur de chaque homme, de chacune et chacun d’entre nous, de faire ce travail de partage, d’émondage, entre la nuit et la lumière, entre les forces de vie et les puissances de mort.

Je nous souhaite, en ce 1er dimanche de l’Avent, de nous mettre en route vers ce Bethléem secret qui se trouve au centre de notre cœur où Dieu attend de naître.

C’est en naissant en chacune et chacun d’entre nous que le Christ pourra réellement venir au monde et tendre, avec nous et par nous, ses bras secourables à toutes les pauvretés !

« J’écoutais le cri des pauvres, et j’entendais le cri de Dieu » disait encore sainte Emilie de Villeneuve qui n’a pas hésité à quitter sa vie confortable dans son château familial de Castres au début du 19ème siècle pour aller servir les jeunes ouvrières, les malades, les prostituées et les prisonniers.

Demandons-nous quels « châteaux » nous avons à quitter pour nous faire disciple du Christ serviteur… 

Béthléem veut dire, en hébreux « maison du pain ».
Demandons-nous, en marchant vers Noël, quel « pain » nous avons à cuire en notre cœur pour apaiser les affamés à nos portes !

(c) bertrand révillion




POUR NOËL
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GRANDS-ENFANTS, AMIS...

LE NOUVEAU ROMAN DE BERTRAND RÉVILLION

Images intégrées 1
LES HEURES CLAIRES 
Dis, Grand Pa, tu y crois au Bon Dieu ?

aux éditions du CERF.

Voici ce que l'on peut lire au dos du livre : 


Une tendre complicité unit le grand-père, influent banquier parisien, et son petit-fils, enfant curieux et solitaire. Lors de promenades main dans la main, des rues de Montmartre aux dunes du Touquet, Grand Pa, facétieux et un brin agnostique depuis la mort de sa femme, tente de répondre aux  questions mi cocasses, mi sérieuses de Marco Un dialogue tendre se noue, entrecoupé de fous-rire et de mémorables bêtises ! 
Bertrand Révillion, avec une grande tendresse, décrit cette relation privilégiée et universelle, souvent inoubliable et toujours émouvante entre un grand-père et son petit-fils.
La transmission est au cœur de ce roman.

A découvrir chez votre libraire habituel 
ou via internet : 








Un livre qui rejoindra toutes les générations.
Bonne lecture !

18.9.16

TOUJOURS PLUS !


Méditation sur les textes du 25ème Dimanche du Temps Ordinaire ( année C)


« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » 

Voilà un slogan qui a le mérite d’être clair !
Difficile de faire plus « carré » !
Difficile de livrer cette affirmation à une interprétation doucereuse et édulcorante !
Inutile d’essayer d’arrondir les angles…

Jésus ne nous l’envoie par dire : il y a un lien entre notre foi et…notre fric !

Une connexion « 4 G » entre l’autel et le portefeuille, l’oratoire et le compte en banque, le tabernacle et…le coffre-fort !

Déjà, vers 750 avant Jésus-Christ, le prophète Amos (notre 1ère lecture) se met en rogne contre les dirigeants de Samarie.
Le pays connaît alors une période de prospérité économique…qui devrait profiter à tous. Ce qui, hélas, est loin d’être le cas !

Déjà à l’époque, l’enrichissement des uns creuse l’appauvrissement des autres. Pour ne pas crever de faim, les plus pauvres n’ont pas d’autre solution que de se vendre comme esclaves « pour une paire de sandales ».

Pour s’enrichir un peu plus, les filous en tous genres trafiquent les instruments de mesure.

Pour s’en mettre un peu plus dans les poches, ils revendiquent le droit de travailler pendant le sabbat et la fête de la nouvelle lune.

Pour un peu, ils courraient tous s’ouvrir un compte en Suisse ou dans les îles Caïman !

Alors Amos râle et il a raison : « Vous écrasez les pauvres, vous anéantissez les humbles du pays ».

Il reviendrait aujourd’hui, il n’aurait pas à changer beaucoup son discours !

Il lui faudrait juste rafraîchir un peu le vocabulaire : remplacer « blé » par stock-options astronomiques, « froment » par golden-parachutes invraisemblables, « balances trafiquées » par fraude fiscale olympique, « esclaves » par travailleurs précaires…exploités jusqu’à la corde dans les soutes de notre capitalisme échevelé et de notre libéralisme déshumanisé !

C’est comme si l’appât du gain, le « toujours plus » étaient inscrits dans le code génétique de l’homme depuis la nuit des temps…

Comme si, depuis toujours, l’homme se laissait engluer dans le culte sacré du « TPMG » : « Tout Pour Ma Gueule » !

Et, dans notre Évangile, Jésus en remet une couche !

Effectivement, on ne peut pas servir Dieu et l’argent !
Soit on décide de servir Dieu, soit on sert le « saint pognon » !
Impossible de concilier les deux !

Faut-il en conclure que le Christ – et l’Église à sa suite – sont définitivement contre l’argent ?
Faut-il en déduire que l’argent est, pour la morale catholique, toujours mauvais, dangereux, impur ? 
Faut-il ne voir dans l’argent que nous gagnons qu’un instrument de péché ?

Non.
La doctrine sociale de l’Église ne condamne pas l’argent.

D’ailleurs Jésus et ses disciples utilisent l’argent pour leurs échanges, l’un des leurs tient même le budget.

Alors qu’en est-il ?

Commençons par ne pas faire de contre-sens.
Dans la phrase : « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent », le mot servir est utilisé dans son sens religieux.

Autrement dit, il s’agit de ne pas se mettre au service de l’argent comme on se mettrait au service d’un Dieu.

Ne pas faire de l’argent une idole mais le laisser à sa juste place : un moyen d’échange.

L’Église n’est pas naïve, ni irénique : elle sait bien que pour vivre il faut gagner de l’argent.
François de Salles affirme même que c’est le « devoir d’état » du père de famille…

L’Église ne considère pas non plus les « riches » systématiquement comme de « mauvais paroissiens ».
Elle n’est pas contre le profit, qui est un signe de bonne santé pour les entreprises, à condition que le profit soit un moyen et non un but en soi.
Elle ne prêche pas une sorte d’égalitarisme sans nuance, façon « dictature bolchévique du prolétariat » !

L’argent n’est pas, pour la morale catholique, intrinsèquement mauvais.

Sauf lorsqu’on le sert comme un esclave son maître.

Certains sont tellement obnubilés par ce qu’ils possèdent ou pourraient posséder qu’ils en deviennent eux-mêmes « possédés » presqu’au sens diabolique du terme.

Si l’argent peut être un bon « serviteur », il est toujours un mauvais « maître » ! Voilà, en gros, ce que nous dit l’Église.

« Si vous amassez des richesses, n’y mettez pas votre cœur » nous dit le psaume…

Alors, profitons des lectures de ce dimanche pour nous interroger :

1)   Quel est mon rapport à l’argent ? Est-il pour moi un simple moyen pour vivre et faire vivre les miens ? Ou bien ai-je avec l’argent un rapport plus ambiguë, moins clair qu’il n’y paraît ? Qu’est-ce que j’attends de mon salaire ? De quoi vivre ? Ou autre chose ? Y a-t-il dans mon rapport à l’argent une quête un peu obscure, une manière d’évaluer « ce que je vaux », une forme de revanche sociale, une manière de me rassurer, de me sentir appartenir à un certain milieu, de me comparer, de me valoriser, parfois  au risque d’écraser les autres ?

2)   Lorsque je dépense mon argent, pour des achats ou des impôts, mon premier élan est-il de systématiquement râler parce « c’est trop cher » ou bien ai-je – après un éventuel et légitime débat sur le coût de la vie et la politique fiscale – le réflexe de mettre des visages, des familles, des vies sur les billets qui quittent mon portefeuille ?

3)   Si je gagne plus que ce dont j’ai besoin, que fais-je du surplus ? Au-delà de l’épargne à laquelle m’incite la prudence et qui n’est pas moralement condamnable, est-ce que je thésaurise, ou est-ce que je suis ouvert au don ? Est-ce que j’épargne uniquement pour mes propres enfants, ma propre famille, uniquement les miens ou est-ce que je suis prêt, via des associations compétentes, à tendre la main aux lointains plus pauvres que je ne connais pas ?

Oui, faire œuvre de discernement au sujet de ce que nous faisons de notre argent n’est pas, en christianisme, une option facultative.

Il y a quelques années, les évêques de France ont incité les chrétiens à réfléchir à de « nouveaux modes de vie », plus simples, moins dans le « toujours plus », davantage ouverts au partage et à la solidarité. Leurs questions n’ont cessé de devenir plus urgentes dans une société où la fracture sociale est profonde.

Nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur nos propres modes de vie…
           
Laissons-nous interpeller par le Pape François lorsqu’avec vigueur il dénonce « le fétichisme de l’argent », « la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain », une société où « l’être humain est considéré comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter. » Lorsqu’il dénonce « l’accroissement exponentiel du revenu d’une minorité, tandis que celui de la majorité s’affaiblit »…

Oui, Frères et Sœurs, nous ne pouvons pas nous approcher de cet autel qui est, par excellence, la « table du pauvre », sans nous demander comment, concrètement, nous participons au combat contre les « faims humaines » de toutes sortes…

Saint Jean Chrysostome dans une retentissante homélie n’y allait pas avec le dos de cuillère !

« Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs » !

Rude, mais plutôt bien envoyé !



© Bertrand Révillion