8.10.17

NE SOYEZ INQUIETS DE RIEN



DIMANCHE 8 OCTOBRE 2017 - 27ème Dimanche T.O. A

Une fois encore,  nous voici placés par l’Évangile, au cœur des vignes.
C’est la saison !

Il y a deux semaines, je célébrais un joyeux mariage en Bourgogne, entre Meursault et Pommard.
Le vin y fut, sans doute, presque aussi bon que celui de Cana !

J’ai expliqué aux futurs mariés que, dans la Bible, la vigne est souvent un symbole fort.

Il y a les sarments sur qui il faut veiller, qu’il faut entourer de mille attentions afin qu’ils donnent le meilleur.
Il y a les raisins qui réjouissent les yeux et le palais et qui, amoureusement travaillés, donnent du bon vin. Parfois de très grands crus !

La vigne, dans la Bible, désigne le plus souvent le Royaume de Dieu qui nous est confié…

Dans les lectures que nous venons d’entendre, cette vigne perd soudain de sa clarté.
Ses collines sont dévastées, comme après une méchante grêle, ou comme engluées dans une stratégie haineuse de captation d’héritage !

Dans le texte d’Isaïe, elle ne donne pas de fruit et suscite la désolation du propriétaire.

De façon allégorique, le prophète Isaïe désigne du doigt les mauvais vignerons qui ne sont autres, à ses yeux, que les chefs des prêtres et les pharisiens qui n’ont pas su veiller sur la vigne d’Israël, qui ont trahi la pureté du message, celui de la Genèse, de l’Exode, des prophètes et se sont installés, bien à l’abri, dans le confort de leur sinécure cléricale !

Dans l’Évangile, la vigne représente le Royaume confié par le Père à un peuple qui, lui aussi, dévoie la Bonne nouvelle, refuse la conversion du cœur, et va jusqu’à tuer le propre Fils du propriétaire…

D’un côté comme de l’autre, la vigne de la vie est donnée, offerte, proposée et l’homme rejette, piétine, bafoue ce don.
Par peur, appât du gain, volonté de puissance, désir d’être à soi-même son propre vigneron !

Peut-être que ces histoires de vignes transformées en champ de bataille ressemblent parfois un peu à nos propres vies ?

Comme les piètres vignerons de l’Évangile, nous voudrions être les seuls propriétaires de nos existences, régner en Maître sur la vigne de nos vies…
Des vies auxquelles nous voudrions épargner la grêle, la taille à la fois douloureuse et amoureuse de ce qui nous encombre, la sécheresse, la maladie, le « mildiou » du corps et  l’âme, le « pressoir » de la Croix…

Nous nous rêvons en vignerons tout puissants et auto suffisants.
« Besoin de personne ! » dit la chanson…
Et surtout pas d’un « sauveur » qui viendrait entretenir, tailler, redresser, nos propres sarments rétifs…

Or, ce que nous propose le Christ, c’est justement un dessaisissement, un « lâcher prise ».

Il nous offre de lui confier la vigne de notre propre existence, de le laisser prendre soin des fruits de nos vies, vigneron aimant et attentif face à toutes les fragilités qui nous guettent.

Pour laisser le maître de notre vigne préparer avec soin la vendange, saint Paul, dans son épître aux Philippiens, nous donne un précieux conseil :

« Ne soyez inquiets de rien,
mais, en toute circonstance,
priez et suppliez,
tout en rendant grâce,
pour faire connaître à Dieu votre demande.
Et la paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir,
gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. »

Je vous invite à méditer ces mots de feu de saint Paul. Tout y est dit !

Et d’abord cette profonde vérité : tout passe d’abord par la prière. Ce lent et fécond dessaisissement, cette remise de la vigne de nos vies entre les mains du Divin Vigneron ne sont possibles que si nous confions nos existences au pressoir de la prière.

Une prière qui, patiemment, nous extirpera de cette mauvaise inquiétude qui si souvent nous ronge.

Une prière qui ne craindra pas de « faire connaître à Dieu notre demande ». Voir de « supplier le ciel ».

Une prière qui n’oubliera pas, malgré toutes les blessures qui nous assaillent, de « rendre grâce » pour la vie qui, malgré tout, est là.

Une prière qui, pas à pas, nous permettra d’accéder à cette « paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir ».

En nous parlant ainsi de la prière, saint Paul n’ignore rien du « dur métier de vivre ».
Il ne confond pas la prière avec un édredon, un  épais coton de chloroforme ou une sorte d’anesthésie générale qui nous dispenserait d’avoir à affronter les coups de butoir inévitables de la vie.

Pour lui, prier, ce n’est pas fuir le monde, c’est au contraire se donner les moyens de mieux le rejoindre.

Et ne faisons pas l’erreur des mauvais vignerons qui veulent tout contrôler et tout diriger : dans la prière, le principal « acteur » ce n’est pas nous !

Prier, ce n’est pas « faire » des prières, c’est « se laisser faire » !

Nous avons juste à confier au Christ Vigneron le cœur de notre vigne intérieure.

Et lui saura en nous, souvent sans nous, parfois avec nous, rejoindre, à travers nous, son Père.

Alors, peut-être que nous sera donner de gouter quelques instants au vin de cette « paix qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir » évoquée par saint Paul.

Nous pourrons alors faire nôtres ces paroles du psaume, magnifiquement reprises dans un célèbre chant de Taizé :
« Mon âme se repose, en paix sur Dieu seul. De lui, vient mon salut ».



20.1.17

VENEZ À MA SUITE...

Dimanche 22 janvier 2017 - Troisième Dimanche Temps Ordinaire – Année A

L’Évangile de ce dimanche nous relate les tous débuts de la vie publique de Jésus et de sa prédication.

Nous assistons à un dramatique passage de témoin, entre Jean le Baptiste, dernier grand prophète du Premier Testament et Jésus.
Nous sommes vraiment à la charnière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

Jean vient d’être arrêté et va mourir en martyr et Jésus, qui a reçu de ses mains le baptême dans l’eau du Jourdain, prend le relais.

Pour Jean, c’est le temps de l’effacement.
Pour Jésus, celui de l’éclosion.

Jean annonçait la grande promesse de la venue d’un messie, d’un sauveur.
Jésus vient accomplir cette promesse.

Comment se lance-t-il dans sa mission ?
Notre texte nous donne de précieuses indications :

Tout d’abord, ce départ, cette mise en route de Jésus, se situe à Capharnaüm, ville-carrefour de Galilée, située au bord du lac de Tibériade, ville où cohabitent des populations aux origines mêlées, ville qu’on appelait alors le « carrefour des Nations ».

Comme souvent dans la Bible, le lieu indiqué n’est pas simplement géographique mais symbolique.

Ainsi, la Bonne Nouvelle, s’offre, dès le début de la prédication de Jésus, à toutes et à tous, pas  d’abord aux plus proches, aux plus « pratiquants », aux meilleurs « observants », mais d’emblée également aux « lointains », aux mal croyants, aux différents, aux « pas comme il faut » !

Cette « grande lumière » annoncée à Noël est pour tous, pas uniquement réservée aux juifs pieux, aux « bons paroissiens » et aux pratiquants réguliers ! Dès l’origine, la parole de Jésus est placée sous le signe de l’ouverture, de la sortie, du déplacement. Jésus n’attend pas qu’on vienne à Lui ; c’est lui qui va vers l’autre, tout autre, quelque soit son histoire, ses origines, son « degré » de foi, sa « confession », sa « conformité » au dogme et à la bonne morale…

Jésus n’invite pas à se replier dans un sanctuaire, entre « purs », bien à l’abri derrière leur muraille face à un monde prétendument décadent ; il regarde le monde (avec ses ombres et ses lumières, ses grandeurs et ses faiblesses) comme le seul « sanctuaire » pouvant accueillir sa divine Présence.
Désormais, c’est le cœur de tout homme qui est le « tabernacle » de sa présence.

Sa question – qui est la nôtre aujourd’hui – n’est pas tant de savoir qui vient encore dans nos églises ; mais vers qui va l’Église ?

L’autre indication que nous livre notre texte d’Évangile est que, dès l’origine, le Christ ne se lance pas seul dans sa mission.

Il refuse le rôle du sauveur tout puissant et omnipotent. Dès le départ, il indique que sa mission ne pourra pas s’accomplir sans l’aide des hommes. Et il n’appelle pas des surhommes, mais des gens ordinaires, simples,  limités, tissés, comme vous et moi, de pesanteur et de grâce.

Jésus remet le trésor de l’évangélisation au creux de nos mains tremblantes et rugueuses ; il fait porter l’annonce de la Bonne Nouvelle sur nos épaules fragiles ; il fait alliance avec l’humanité concrète et souvent blessée pour annoncer au monde l’espérance… D’emblée, l’annonce de l’Évangile suppose une démarche collective, communautaire et fraternelle.

Comme si le message des Béatitudes (que nous entendrons dimanche prochain) ne pouvait résonner et donner sa fécondité que dans la mesure où il est annoncé à plusieurs…

En contemplant cette scène où Jésus appelle par son prénom chacun de ses disciples, laissons résonner en notre cœur plusieurs questions :

-       Que faire contre cette surdité qui si souvent s’empare de nous et nous empêche d’entendre le Christ nous appeler chacune et chacun par notre prénom ? Comment désensabler l’oreille de notre cœur ?

-       Comment répondre concrètement, dans la vie qui est la nôtre, à cet appel de Jésus, à nous mettre en route, à quitter nos habitudes, nos certitudes, le confort de nos communautés pour aller, avec lui, à la rencontre des « Nations », ces « lointains » si proches, qui campent à nos portes, et  que nous ne voyons pas, ou que nous ne voulons pas voir ?

L’Évangile précise que les disciples « laissent leurs filets » pour le suivre. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ?
Nous n’avons pas nécessairement à quitter notre propre vie pour « laisser tout ».
Nous sommes sans doute même d’abord appelé à entendre cet appel à « tout laisser » au cœur de l’existence qui est la nôtre, au cœur de nos engagements familiaux, professionnels et autres.

Oser laisser sur la berge de notre propre vie ces « filets », ces peurs, ces fausses sécurités qui nous entravent et nous empêchent si souvent d’aimer large.

L’appel, la « vocation » (qui n’est pas réservée aux moines et aux consacrés !) devrait attiser en nous le désir de nous « déplacer » même si, apparemment, nous restons immobile dans la vie qui est la nôtre. Changer de vision du monde, opter pour une autre échelle de valeur devant ce que nous appelons notre « réussite ». Un déplacement intérieure, une mise en route, un décentrement qui mettra toujours davantage le Christ au centre de nos jours.

Un déplacement social aussi, et solidaire. Devenir « pêcheur d’hommes », à la suite du Christ, c’est sortir de soi pour porter secours à toutes celles et tous ceux qui se noient dans les flots tempétueux de l’indifférence et des égoïsmes.

Car, à quoi bon aller nous agenouiller devant le tabernacle, si, du même mouvement, nous refusons de nous agenouiller devant le frère qui souffre à nos portes ?

« Dieu n’a que nos mains et que notre cœur pour aimer ce monde et le transformer » disait Sœur Emmanuelle !





23.12.16

MÉDITATION POUR LE SOIR DE NOËL

24 décembre 2016 Année A

C’est une jolie crèche peuplée de jolis santons de Provence, délicatement peints à la main.
Une jolie crèche qu’on se transmet de génération en génération…

Rien ne manque. Il y a le bœuf et l’âne, les moutons, la paille, la mangeoire drapée de foin, et là-haut dans son ciel, l’étoile tremblotante qui, comme un phare, veille.

Ils sont tous là les santons : les petits, les grands, les neufs, les craquelés, les rafistolés; tous modelés dans cette chaude terre rouge provençale. Ils s’approchent, dans la nuit noire de décembre, aimantés par les premiers sourires de ce mystérieux nouveau-né.

Il y a Joseph qui s’agite et s’inquiète pour sa femme et le petit qui, tous deux, risquent de prendre froid.

Il grogne dans sa barbe Joseph contre ce fichu aubergiste qui n’a pas voulu les laisser entrer, et leur trouver une petite place au chaud.
Il s’est méfié l’aubergiste : qui était donc ces réfugiés ? D’où venaient-ils ? Avaient-ils seulement des papiers en règle ? Partageaient-ils la même religion ?  Et si la police débarquait, ne serait-il pas  lui-même jugé complice de leur avoir accordé le droit d’asile ? Alors, confondant prudence et trouille, il a fermé sa porte, l’aubergiste. A l’heure qu’il est, il regarde « Plus belle la vie », à la télé, ou il dort déjà, sous la couette duveteuse de son indifférence, bien au chaud. Peinard l’aubergiste !

Il y a les bergers un peu en retrait, hirsutes dans leurs grandes capes noires qui ne sentent pas vraiment la rose. On ne les aime pas beaucoup, les bergers. Ils ont mauvaise réputation, un peu voleurs, un peu picoleurs, un peu louches. Des marginaux sans domicile fixe. Les braves gens - qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux -  s’en méfient. Mais Joseph leur sourit. Alors ils osent timidement s’approcher.
Qui aurait dit que les premiers  visiteurs en cette sainte nuit de la Nativité ce seraient eux, les déclassés, les refoulés, les bafoués ? 

Près de la porte de la grange, il y a cet homme courbé, la cinquantaine, qui roule sa casquette dans ses mains et qui rase un peu les murs, gêné : depuis 3 ans qu’il pointe à « Pole Emploi », il a les poches vides : même pas de quoi acheter un cadeau au petit. C’est au tour de Marie de lui sourire, alors il s’enhardit et vient s’agenouiller, près d’elle et de l’enfant.
Comme eux, sur la paille !

Il y a cette jeune femme qui sort de l’hôpital, la tête enturbannée dans un foulard. Elle regarde, émue et attendrie, Marie donner le sein au petit.

Il y a le grand-père blagueur et, perché sur ses épaules, son petit-fils qui se mare en lui chatouillant les oreilles.

Il y a le jeune couple d’amoureux, qui se tient par le cœur et qui rêvent déjà à ce mariage radieux, annoncé pour juillet.

Il y a la « famille catholique ». Ah, la famille catholique, ses 5 enfants élevés dans les meilleures écoles, tous biens sages à la messe le dimanche. Elle fait un peu envie, la famille catholique prétendument idéale ! Elle la ramène même parfois un peu, la famille « bien comme il faut ». Mais souvent, elle donne le change, et cache derrière ses volets clos, petits tracas ou grandes blessures… Comme tout le monde !

Il y a, un peu dans l’ombre, cette autre femme qui tient la main à sa propre solitude : un méchant divorce dont elle peine à se relever. Mais, ce soir, dans le chaos de sa vie bouleversée, elle a l’intuition que la douce lumière qui émane de la crèche brille pour elle.
Oui, elle en est sûre, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » !

Ils sont tous là, les assoiffés de lumière : le SDF frigorifié, le cadre tout juste sorti du bureau qui desserre sa cravate, l’étudiant encore groggy par la surchauffe des partiels, la prostituée, le sans-papier, le jeune handicapé dans son fauteuil, le reporter de retour de l’enfer d’Alep, le taulard en permission d’espérance…

Au premier rang,  il y a les enfants rieurs et complices, qui ouvrent leurs grands yeux et n’en loupent pas une miette. Ils sont ébahis les enfants…
C’est si simple Noël lorsqu’on l’accueille avec un cœur d’enfant !

Planqués derrière une botte de foin, il y a aussi quelques jeunes un peu distraits. La célébration de Noël, ce n’est pas trop leur truc. Il y a bien longtemps qu’ils ne vont plus à la messe. Mais, ce soir, ils sont venus pour faire plaisir aux parents : c’est Noël tout de même !
Même s’ils ne le montrent pas trop, certains parmi eux sont secrètement touchés par la lumineuse fragilité de ce petit dont, depuis des siècles et des siècles, les croyants du monde entier disent qu’il serait le propre fils de Dieu. Tant de gens à y croire, et depuis si longtemps… à cette incroyable nouvelle !

Un Dieu qui se fait homme, un Tout Puissant qui, loin des images hautaines et sévères dont on l’affuble, vient naître, nu et fragile, dans les bras tendres d’une femme.

Un Très-Haut qui choisit de se faire Très-Bas, tout proche, tout aimant !
Un Dieu qui vient semer sa tendresse en pleine glèbe humaine.

Alors, parmi les santons, surgit une lancinante question : Et si c’était vrai ?

Et si Noël était bien plus qu’une jolie histoire emmaillotée dans un gentil folklore empli de guirlandes multicolores ?

Et si Dieu avait pris, depuis le premier Noël de l’histoire, vraiment la décision de venir naître parmi nous pour nous aider, chacune et chacun, à naître à notre propre vie, marchant à nos côtés vers notre propre joie ?

Et si l’ange de la Bible, l’envoyé du ciel avait dit vrai : « Ne craignez pas car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tous. »

Oui, et si tout cela était vrai ?
Et si Dieu, l’immense auteur du livre de la vie, le créateur du ciel et de la terre, de la mer, des montagnes, des arbres et des fleurs, du soleil et de la lune, de l’homme et de la femme était  réellement venu naître parmi nous, pour nous mettre au monde de sa joie ?

Regardons-le, blotti entre Marie et Joseph, ce minuscule santon d’argile qui nous tend les bras, au beau milieu de la crèche brinquebalante de notre propre vie.

Oui, contemplons cet enfant venu donner souffle à notre rugueuse glaise humaine et se faire icône, présence aimante, Fils d’un Dieu éperdu d’amour et de tendresse.

Même s’il ne parle pas encore, déjà Jésus murmure à l’oreille de notre cœur : « N’aie pas peur, je suis à tes côtés, tu peux t’appuyer sur moi, je t’offre bien plus que l’or, l’encens et la myrrhe. Je t’offre l’espérance… »

Même s’il est encore petit, ce Fils de Dieu déjà est fort qui vient remettre le monde et nos cœurs à l’endroit.


Un Dieu qui disperse les superbes.
Un Dieu qui renverse les puissants de leur trône.
Un Dieu qui élève les humbles.
Un Dieu qui comble de bien les affamés.
Un Dieu qui renvoie les riches les mains vides.

Un Dieu de bonté qui a besoin de nous, de nos mains et de notre propre bonté pour consoler, nourrir, loger, aider, pardonner, relever. Tout simplement aimer ! Car Dieu, c’est l’autre nom de l’amour…

Regardons-la bien, cette douce lumière de la crèche : c’est une flamme fragile, et pourtant déjà la promesse d’un feu ardent qui couve et ne demande qu’à grandir, en vous, en moi, en nous, pour réchauffer toutes les nuits glaciales de nos frères et de nos sœurs en humanité.

Vivre Noël, c’est croire que Dieu nous appelle à la joie imprenable. Celle du don, de la réconciliation, de la paix et de la miséricorde.  

Alors laissons la joie du Christ qui nait venir réchauffer nos cœurs d’argile.
Laissons le Dieu santonnier venir nous modeler l’âme.

Voici Noël qui trace son improbable voie au cœur de nos ténèbres,
Noël en nous, Noël autour de nous, Noël malgré tout.

Noël qui nait si nous le laissons naître…

(c) Bertrand Révillion

26.11.16

EN MARCHE VERS NOËL

Méditations pour le 1er dimanche de l'Avent (année A)


Avouons-le franchement : chaque année, l’Avent nous prend un peu par surprise. Les rigueurs de l’hiver frappent à la porte, la fin de l’année et son lot de préoccupations nous assaillent... Pour celles et ceux qui travaillent, c’est une période souvent rude : bilan, clôture des comptes, négociations salariales, affluence dans les magasins…
Le mois de décembre sent la surchauffe !

Et pour d’autres, les semaines qui s’annoncent suscitent comme un pincement au cœur : la perspective des fêtes réveille les douleurs de la solitude, de la maladie, de la séparation, du manque de travail…
Tant de soucis !

Difficile de trouver, dans nos agendas et dans notre cœur, du temps pour penser vraiment à la grande nouvelle de Noël. L’enfant de la Promesse débarque un peu comme un intrus dans nos vies.

On peut s’en inquiéter mais on peut aussi s’en réjouir : Dieu n’attend pas que notre « auberge intérieure » soit rangée, repeinte à neuf et tout à fait propre pour venir y naître ! C’est dans la mauvaise paille de nos vies dispersées et préoccupées qu’il vient offrir son premier sourire, c’est en pleine pâte et pesanteur humaine qu’il vient habiter.

Commençons, par nous pencher sur ce magnifique Psaume 121 que nous venons d’entendre. Il fait partie d’une série de psaumes qu’on nomme les « psaumes des montées ».

Après des jours de marche, les pèlerins montaient sur le mont des oliviers et pouvaient enfin contempler Jérusalem, ville choisie par David pour y établir la capitale du peuple hébreux et y déposer « l’arche d’Alliance », ville au sommet de laquelle Salomon bâtira son Temple.

Si l’Eglise, nous propose ce beau psaume des montées en ce 1er dimanche de l’Avent, c’est que nous avons, nous aussi, à nous faire pèlerins, à nous mettre en marche, à monter, pas à pas, jour après jour, vers ce « sommet » de la vie chrétienne : l’incarnation de Dieu, la naissance de Jésus, fils de l’Eternel, au cœur des fragilités humaines.

Car Noël, c’est avant tout le dépouillement inoui de Dieu qui descend de son « ciel » et de sa toute-puissance pour venir habiter notre humanité.

Nous ne marcherons donc pas vers les splendeurs du Temple de Jérusalem mais vers une obscure bourgade, Bethléem, en Judée où va naître un « roi » sans couronne, sans armée, sans pouvoir temporel.

Et notre psaume nous annonce que notre pèlerinage, notre montée vers Jérusalem, nous donnera une chose essentielle : la Paix.
« Paix à ceux qui t’aiment » dit le psaume.

Voici donc une première indication pour, pendant ce temps de l’Avent, nous préparer à Noël. Nous avons à chercher la paix, à bâtir la paix.

Ce que nous confirme ce très beau passage d’Isaïe (dans notre première lecture) :

« De leurs épées ils forgeront des socs de charrues, et de leurs lances, des faucilles ».

Il s’agit, bien entendu, de faire la paix autour de nous : l’enfant de la Promesse ne peut pas naître au milieu de nos divisions. Prendre au sérieux ce temps de l’Avent, c’est donc se faire autour de nous « artisans de paix ».

Si nous voulons vraiment que le Christ vienne naître dans nos vies, nous avons à nous faire artisans de l’amour, du pardon, de l’écoute, du dialogue dans tous les lieux où nous sommes engagés : notre famille, notre couple, notre communauté, notre milieu professionnel ou associatif, notre nation où, malgré les âpres débats politiques, nous devons privilégier l’écoute à l’invective, notre Eglise aussi où, suivant nos « sensibilités ecclésiales » nous sommes parfois si prompts à nous faire des procès…

Mais la paix dont parle l’Ecriture, c’est aussi la Paix du cœur, la paix intérieure. En effet, pour naître en nous, au plus profond de notre cœur, le Christ a absolument besoin que nous lui construisions, pendant chaque jour de l’Avent, une sorte de « berceau » de paix dans lequel il pourra être accueilli.

Voici que ce premier dimanche de l’Avent nous invite à travailler à l’unité : l’unité autour de nous mais aussi l’unité en nous !

Et cela suppose que nous nous posions trois questions toutes simples :

Qu’est-ce qui, dans ma vie, est vraiment essentiel ?

Que puis-je faire pour que cet « essentiel » soit réellement au cœur de mon existence ?

Et puis-je m’approcher de cet essentiel sans, du même mouvement, me décentrer et m’approcher de ces périphéries où l’homme crève d’exclusion, de déplacement, de solitude, de misère ?

Isaïe, comme le psalmiste, nous invite, à « monter sur la montagne » :

Oui, il nous faut, pendant l’Avent, prendre de la hauteur. Dégager dans l’agenda, le temps nécessaire pour travailler à cette paix à construire autour de nous et en nous !

Prendre de la hauteur pour voir et entendre enfin le pauvre qui crie à nos portes.

Et si la seule manière de monter vers Dieu était de descendre au plus près des laissés pour compte de nos sociétés aveuglées par les tentations du repli et de l’égoïsme ?  

Saint Paul, dans son épître, nous le dit sans détour :  
« L’heure est venue de sortir de votre sommeil ».

Nous sommes si souvent des chrétiens endormis, des chrétiens si peu chrétiens, des chrétiens anesthésiés !

Lorsque les premiers chrétiens ont cherché à quelle date ils pouvaient faire mémoire de la naissance du Christ, ils ont choisi symboliquement le solstice d’hiver, c’est à dire ce jour de l’année où le jour commence à l’emporter sur la nuit.
Vous savez ce jour où, à la télévision, la présentatrice de la Météo commence à annoncer des minutes de jour en plus !

Eh bien, vivre l’Avent, c’est travailler à notre « solstice intérieur », c’est travailler à faire reculer la nuit, l’obscurité en nous et autour de nous, c’est mener ce combat spirituel pour que, peu à peu, ce soit la lumière qui l’emporte.

« Que nous serons heureuses quand Dieu seul règnera dans notre cœur, notre esprit et notre volonté » disait à ses soeurs sainte Emilie de Villeneuve.

C’est de ce combat spirituel dont nous parle d’ailleurs l’Evangile de ce jour : ne vous y trompez pas, lorsque le texte nous dit que sur les deux hommes au champ « l’un sera pris et l’autre laissé », il ne s’agit pas de faire le partage entre les bons et les méchants. Nous ne sommes pas dans un western !

Non, il s’agit, à l’intérieur de chaque homme, de chacune et chacun d’entre nous, de faire ce travail de partage, d’émondage, entre la nuit et la lumière, entre les forces de vie et les puissances de mort.

Je nous souhaite, en ce 1er dimanche de l’Avent, de nous mettre en route vers ce Bethléem secret qui se trouve au centre de notre cœur où Dieu attend de naître.

C’est en naissant en chacune et chacun d’entre nous que le Christ pourra réellement venir au monde et tendre, avec nous et par nous, ses bras secourables à toutes les pauvretés !

« J’écoutais le cri des pauvres, et j’entendais le cri de Dieu » disait encore sainte Emilie de Villeneuve qui n’a pas hésité à quitter sa vie confortable dans son château familial de Castres au début du 19ème siècle pour aller servir les jeunes ouvrières, les malades, les prostituées et les prisonniers.

Demandons-nous quels « châteaux » nous avons à quitter pour nous faire disciple du Christ serviteur… 

Béthléem veut dire, en hébreux « maison du pain ».
Demandons-nous, en marchant vers Noël, quel « pain » nous avons à cuire en notre cœur pour apaiser les affamés à nos portes !

(c) bertrand révillion